L’Irlande a lancé en 2022 le projet pilote « Basic Income for Artists » (BIA), destiné à soutenir 2 000 artistes et travailleurs créatifs en leur garantissant un revenu hebdomadaire de 325 euros. Ce projet pilote vise à résoudre les problèmes de longue date liés à la précarité des revenus et à la rétention sectorielle dans le domaine des arts, tout en étudiant l’impact d’un soutien direct inconditionnel sur les artistes et le paysage créatif.
Le ministère de la Culture, de la Communication et des Sports a publié trois rapports en 2025 consacrés au projet pilote BIA.
Le premier rapport publié est celui du Dr Jenny Dagg ; ce rapport qualitatif explore l’impact de la perception d’un revenu de base pour les artistes et les travailleurs créatifs en Irlande.
Le deuxième rapport publié cette année sur le projet pilote BIA était un rapport d’impact sur deux ans ; ce rapport d’impact sur deux ans donne une image plus claire du fonctionnement du projet pilote BIA dans la pratique. Les conclusions sont extrêmement positives pour les bénéficiaires : augmentation du temps consacré à la création artistique, investissement financier accru dans la pratique créative, amélioration du bien-être personnel global
Le troisième et dernier rapport publié récemment est une analyse coûts-avantages du projet pilote BIA. Ce rapport apporte des preuves solides que le projet pilote BIA apporte une valeur ajoutée à la société. Le rapport indique que pour chaque euro d’argent public investi dans le projet pilote, la société a reçu 1,39 euro en retour. Le rapport montre également que le coût net du projet pilote BIA est passé de 105 millions d’euros à moins de 72 millions d’euros grâce aux recettes fiscales générées et aux économies réalisées sur les prestations sociales.
Du temps pour la création, un cadeau en termes d’heures
L’un des avantages les plus évidents du projet pilote BIA est le temps supplémentaire que les artistes peuvent consacrer à leur art et à leur pratique. Le rapport d’impact sur deux ans montre que les bénéficiaires du BIA consacrent plus de 11 heures supplémentaires par semaine à leur pratique créative par rapport au groupe témoin. Parmi celles-ci
- 5,3 heures sont consacrées à la création.
- 2,9 heures sont consacrées à la recherche et à l’expérimentation.
- Le reste de ce temps supplémentaire est réparti entre l’administration, le réseautage et d’autres activités liées à la pratique artistique.
Figure 1 Heures consacrées à la création
Figure 2 Heures consacrées à la recherche
Le temps n’est pas seulement de l’argent, c’est la matière première de la créativité. La réduction de la précarité diminue la pression liée à la nécessité de gagner sa vie dans des emplois et des secteurs non liés aux arts ; les artistes bénéficiaires peuvent ainsi se consacrer davantage au processus de création, d’exploration et d’innovation.
Investissement dans la créativité
La marge de manœuvre financière accrue dont bénéficient les bénéficiaires ne se traduit pas seulement par un gain de temps, elle leur permet également d’investir davantage dans leurs pratiques artistiques. Les bénéficiaires déclarent dépenser en moyenne environ 250 € de plus par mois que les membres du groupe témoin pour le matériel, l’équipement, l’espace de travail et les déplacements.

Figure 3 Dépenses liées à la pratique dans le cadre du projet pilote BIA (équipement/matériel)
Cette transformation marquée permet aux bénéficiaires du BIA de s’offrir de meilleurs outils, studios et opportunités qui améliorent la qualité et la portée de leur travail. Le projet pilote BIA ne se contente pas de soutenir les artistes et la créativité, il stimule activement la croissance.
Rétention sectorielle, rester dans les arts
Un autre résultat significatif du projet pilote BIA est la rétention sectorielle. Dans le groupe témoin, le pourcentage d’artistes n’ayant pas travaillé dans le domaine des arts au cours des six mois précédents est passé d’environ 6 % en 2022 à plus de 13 % en 2025. Parmi les bénéficiaires du BIA, ce chiffre est resté stable, oscillant entre 4 et 5 %.
Figure 4 N’ont pas travaillé dans le secteur artistique au cours des six derniers mois
La conclusion est claire : le projet pilote BIA permet de retenir dans le secteur des artistes qui, sans cela, auraient pu le quitter pour des raisons financières.
Bien-être et santé mentale
La sécurité financière accrue des bénéficiaires du BIA a des répercussions qui vont au-delà de la création artistique. Les recherches menées sur une période de deux ans montrent des améliorations frappantes en matière de santé mentale et de bien-être chez les bénéficiaires :
- 15 points de pourcentage de moins de probabilité de se sentir « découragé ou déprimé ».
- Probabilité réduite de 16 points de pourcentage de souffrir d’anxiété.
- Scores de satisfaction dans la vie : les bénéficiaires obtiennent en moyenne environ 7/10, contre 6/10 pour le groupe témoin.
Figure 5 Satisfaction dans la vie (échelle de 1 à 10)
Figure 6 Niveaux de satisfaction dans la vie (%)
Figure 7 Dépression ou découragement au cours des quatre dernières semaines (%)
Figure 8 Personnes ayant souffert d’anxiété au cours des quatre dernières semaines (%)
Cela met en évidence une vérité souvent négligée : la créativité s’épanouit lorsque les individus se sentent en sécurité. En réduisant l’anxiété et en améliorant la qualité de vie, le BIA ne soutient pas seulement l’art, il soutient les êtres humains qui se cachent derrière sa création.
Retombées économiques et sociales
L’analyse coûts-avantages des projets pilotes est une conclusion très importante. L’analyse coûts-avantages réalisée par ALMA Economics estime que pour chaque euro investi dans le BIA, la société reçoit environ 1,39 euro en retour.
- Coût fiscal net (2021-2025) : moins de 72 millions d’euros.
- Avantages sociaux et économiques : plus de 100 millions d’euros.
- Environ 80 millions d’euros de ce montant sont attribués à des gains en matière de bien-être.
Ces chiffres sont importants car ils démontrent que le BIA n’est pas seulement une intervention précieuse sur le plan culturel, mais qu’il est également justifié sur le plan économique. En investissant dans les artistes, on réduit les coûts dans d’autres domaines, tels que la santé et le bien-être. Tout en renforçant le capital culturel de l’Irlande.
L’histoire humaine derrière les chiffres
Au-delà des statistiques, le BIA a changé et amélioré la vie des bénéficiaires. Les artistes déclarent se sentir plus confiants pour mener à bien des projets ambitieux, expérimenter de nouvelles formes d’art et prendre des risques créatifs qu’ils n’auraient jamais osé prendre auparavant. Dans un rapport qualitatif du Dr Jenny Dagg, certains bénéficiaires déclarent pouvoir enfin s’offrir du matériel adéquat, d’autres mentionnent avoir retrouvé l’espace mental nécessaire pour écrire, composer ou peindre sans être constamment stressés par des problèmes financiers.
Il y a également un effet collectif : en permettant à davantage d’artistes de rester actifs, le programme enrichit l’écosystème culturel irlandais. Les festivals, les galeries, les théâtres et les salles de concert bénéficient tous d’une offre plus importante. Les communautés bénéficient de la sensibilisation, des ateliers et de la participation culturelle.
Conclusion
Deux ans après le lancement du projet pilote « Basic Income for the Arts », les résultats sont convaincants. Les artistes bénéficiaires créent davantage, investissent davantage dans leur pratique, restent dans le secteur et mènent une vie plus saine et plus heureuse. L’expérience irlandaise du BIA montre que cette intervention a un impact positif sur les bénéficiaires. Elle offre aux artistes du temps, de la stabilité et de la dignité, tout en générant de réels bénéfices sociaux et économiques.